IMG_0456.JPG

Blessure, préparation, objectif, financement participatif… A 8 jours du début des Jeux Olympiques c’est très simplement qu’Elea Diarra, qui prendra part au 4×400 m s’est confiée.

Sportives.net : Comment vous sentez-vous à quelques jours du début des Jeux ?
Elea Diarra : Je ne sais pas trop. Pour le moment j’ai un peu de mal à rentrer dans les Jeux mais ça va sûrement venir avec le voyage. Là j’ai mes dernières compétitions individuelles (elle a participé au 400 m à Ninove en Belgique et a amélioré son record personnel, ndlr) donc j’essaie de me concentrer là-dessus et puis sur l’entraînement. On va aller doucement vers les JO début août.

Quand avez-vous su que étiez qualifiée pour les Jeux Olympiques ?
Je l’ai su quand la sélection officielle a été annoncée, le mercredi 13 juillet.

Vous y attendiez-vous ?
Oui et non. On nous avait dit qu’ils garderaient sûrement la même équipe. Que celle qui irait aux Championnats d’Europe irait aux Jeux Olympiques. Donc oui je savais que c’était possible mais parfois il vaut mieux attendre.

« C’était plutôt un défi de revenir au niveau le plus rapidement possible pour espérer aller aux Jeux Olympiques » à propos de son entraînement suite à sa blessure.

Vous en rêviez de ces Jeux ?
Oui, j’en rêvais ! C’était plutôt un défi pour moi parce que je me suis faite opérée en août dernier des deux tendons d’Achille. En faisant cette opération c’était à risque puisque je n’étais pas sûre d’être prête et remise sur pied pour les JO. Je me suis dit que l’opération allait me faire reprendre l’entraînement plus tard, j’en avais discuté avec mon entraîneur. C’était un risque : soit ça passait, soit ça cassait. Surtout que pendant les années olympiques il faut être prêt plus tôt que d’habitude parce que la saison est avancée, les Championnats d’Europe, de France… C’était plutôt un défi de revenir au niveau le plus rapidement possible pour espérer aller aux Jeux Olympiques. Et c’est réussi, c’est plutôt cool.

Que ressent-on quand on sait qu’on est qualifiée pour les Jeux ?
De la fierté pas encore, mais ça commence. On est content, on se dit qu’on n’a pas travaillé pour rien parce que les années olympiques sont les plus importantes pour les sportifs. C’est l’année qu’on n’a pas envie de louper et qu’il ne faut pas manquer, on fait plus de sacrifices que les autres années. J’ai eu de gros aménagements d’horaires au niveau de mes études, j’ai déplacé mon stage de fins d’études pour pouvoir m’entraîner correctement. C’est vrai que si on n’est pas qualifié on est un peu triste. Mais pour le coup tout ça c’est oublié, le jeu en vaut la chandelle.

Comment s’est passée votre préparation ?
J’ai commencé en fauteuil roulant et puis il y a eu toute la partie réathlétisation puisque après une opération on ne reprend pas de zéro, on reprend dans le négatif (rires). Finalement, ça c’était la partie la plus dure. Les premiers mois il faut se remuscler après ne pas avoir bougé pendant un mois. Clairement, en deux semaines d’immobilisation tu perds tous tes muscles, tu les vois fondre. C’est très très long pour revenir ensuite en condition physique potable. J’ai eu une partie assez difficile de septembre à novembre/décembre puis ensuite j’ai commencé à reprendre la course. J’ai pris plus de plaisir et ça allait mieux.

Pour pouvoir se préparer correctement, Elea Diarra a du lancer une campagne de financement participatif. Photo Facebook Elea Diarra

Ça n’a vraiment pas du être facile moralement…
Oui c’est difficile parce qu’on est dans une condition vraiment dure. On ne connaît pas ça, on n’a pas l’habitude d’être en aussi mauvaise condition quand on est athlète. Il faut accepter. Au début on se prend une claque et puis il faut vraiment se donner pour que ça revienne le plus vite possible.

« La plupart des athlètes qui vont aux Jeux Olympiques sont amateurs et doivent se débrouiller financièrement comme ils peuvent. »

Pour pouvoir être du voyage à Rio vous avez lancé une campagne de financement participatif. Il fallait que vous trouviez 3500€. Expliquez nous.
C’est le site Sponsorise Me qui m’a démarché parce qu’au début je cherchais plutôt des sponsors privés. Ils ont du voir ça sur Linkedin et ils m’ont proposé de lancer une campagne. J’ai trouvé ça cool et j’ai accepté de le faire sans trop savoir si ça allait marcher ou pas. J’ai réussi à atteindre l’objectif de 3500€ ce qui n’est pas rien. C’est vachement bien, ça m’a beaucoup aidé pour ma préparation et puis ça m’a permis de gagner de la visibilité et d’être contactée par des entreprises qui ont voulu me soutenir, comme Pagès par exemple.

A un moment donné, vous êtes-vous dit que si ça ne fonctionnait pas vous n’iriez pas à Rio ?
Non je ne me suis pas dit ça parce qu’on trouve toujours des solutions. Quand on a vraiment un objectif on trouve toujours des moyens. Ça aurait été beaucoup plus compliqué et dans des conditions difficiles. Je n’aurais pas pu aller en stage pour m’entraîner comme je voulais, je n’aurais pas pu avoir les soins médicaux dont j’ai besoin…

Au final, en combien de temps avez-vous la somme ?
C’était une campagne de 45 jours et ça m’a à peu près pris la totalité pour arriver à la somme. Les gens se sont pas mal mobilisés sur la fin de la campagne.

Trouvez-vous normal que les sportifs de haut-niveau soient obligés de lancer des actions comme la vôtre pour pouvoir représenter leur pays ?
Clairement non, je ne trouve pas ça normal ! Mais on n’a pas le choix, c’est notre passion donc ce n’est pas possible d’arrêter pour des raisons financières. A côté il faut savoir se débrouiller tout seul, ce n’est pas facile tout le temps. Je sais que moi j’ai beaucoup de chances de pouvoir faire cette campagne, d’être ensuite contactée par une ou deux entreprises qui ont bien voulu m’aider. La plupart des athlètes n’ont pas toutes ces aides et c’est très compliqué financièrement quand on fait du sport à haut niveau. Si on enlève deux-trois sports un peu privilégiés comme le foot ou le basket, la plupart des athlètes qui vont aux Jeux Olympiques sont amateurs et doivent se débrouiller financièrement comme ils peuvent.

Après toute cette préparation et ce financement participatif, la médaille vous y croyez toutes ?
Ah bah oui on y croit ! De toute façon comme tout le monde on ne court pas pour le plaisir, on a toujours notre objectif d’être les meilleures possibles, on pense à cette médaille, on fera tout pour aller la chercher. Quoi qu’il arrive de toute façon je pense qu’on ne pourra pas avoir beaucoup de regrets parce que je sais que ce sont les Jeux Olympiques, que c’est l’objectif de l’année. On donnera le maximum.